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VISITE A VOLUBILIS. MAROC.

Publié le 03/03/2016 à 16:03 par rol-benzaken Tags : maroc fleurs image sur center coup background chevaux vie air femmes

C'est le point extrême où se sont avancées les légions romaines au Maroc.

Dès le premier siècle de notre ère, la ville possédait le droit de cité qui ne fut accordé que deux siècles plus tard à beaucoup de villes de Tunisie.

Tout montre ici la volonté de faire d’un simple poste militaire une grande ville imposante pour les imaginations.

Le mur d’enceinte n’a pas moins de trois kilomètres de tour, et les fouilles témoignent qu’il y avait aussi, à l’extérieur, des faubourgs. La plupart des monuments ont disparu sans laisser d’autres traces que celles de leurs fondations.

Mais il en est un qui demeure : le bel arc de triomphe construit sous Caracalla.

Au-dessus de la voûte un bandeau de pierre portait l’inscription dédicatoire. Au-dessus encore un groupe de six chevaux de bronze s’enlevait superbement dans le ciel.

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Quand ce beau groupe équestre a-t-il été détruit ?

On l’ignore. Jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne, la voûte et l’inscription votive étaient toujours intactes.

Un Anglais, qui s’occupait, sous le règne de Moulay Ismaïl du rachat des captifs, nous en a laissé un croquis.

Aujourd’hui les pierres de la voûte gisent lamentablement sur le sol.

Mais l’ensemble de l’édifice a résisté au temps et aux tremblements de terre, et du haut de la colline sur laquelle il est bâti, il continue de régner sur la campagne environnante.

Détail singulier et qui donne à réfléchir, cet arc de triomphe n’est pas exactement perpendiculaire à la voie triomphale.

C’est là, je crois, un fait unique dans les villes romaines où la plus rigoureuse symétrie était de règle. En plaçant, à Volubilis, légèrement de biais leur arc de triomphe, d’une façon si contraire à l’usage, les Romains laissent voir leur intention secrète : ils ont dévié le monument pour que, vu de la plaine immense, il apparût de face avec un air plus imposant aux indigènes d’alentour.

Cette fois, la politique l’emporta sur l’architecture, ou plutôt l’architecture fit de la politique.

 

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Sur le forum, une inscription récemment découverte par M. Châtelain, le directeur des fouilles, apporte des renseignements précieux sur la révolte d’un certain Edémone.

On savait que Ptolémée, petit-fils d’Antonin et de Cléopâtre et dernier roi de Maurétanie, ayant été appelé à Rome par Caligula, avait commis l’imprudence de se montrer trop pompeusement au théâtre aux côtés de l’Empereur.

Celui-ci, irrité, le fit assassiner et confisqua ses richesses, ce qui provoqua la révolte des gens de la Maurétanie.

Edémone était à leur tête. Il fut vaincu. Mais jusqu’ici on ignorait le nom du général victorieux. L’inscription nous apprend qu’il s’appelait Valérius Severus, mais que son père était un Africain, un Carthaginois nommé Bostar.

Ce qui montre sur le vif comment Rome s’entendait à latiniser un indigène intelligent, pour l’utiliser ensuite à la grandeur impériale.

Comme à Chella, la vie s’est retirée de ces pierres ensevelies, où l’archéologue s’efforce de ressusciter patiemment l’ancien visage des choses.

C’est le même grand silence des siècles qu’à Tébessa, qu’à Timgad, cette même solitude, hantée de souvenirs que vient troubler seulement le bruit de la pioche de l’ouvrier qui travaille à exhumer cette beauté disparue.

 

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Mais faites quelques pas, deux kilomètres à peine, à travers un bois d’oliviers. Vous êtes à Moulay-Idriss.

Et là, par une sorte de prodige, cette vie antique, abolie pour toujours dans la ruine romaine, se retrouve tout à coup vivante, avec ses blancs vêtements, ses temples, ses fontaines, ses bains, ses petites échoppes, dans toute son intimité religieuse et familiale.

J’y suis arrivé un matin où l’on sacrifiait des taureaux en l’honneur de Moulay-Idriss, le patron de la ville. Les bêtes étaient recouvertes de voiles, de fleurs, de bandelettes. Devant, marchaient des joueurs de flûte et de tambour.

Les femmes poussaient leurs cris stridents au passage des bêtes que l’on allait sacrifier.

Du haut d’une terrasse d’où le regard plonge dans le sanctuaire, j’ai vu entrer l’une après l’autre les bêtes offertes en holocauste.

A mesure qu’elles arrivaient dans la cour qui précède la mosquée, elles étaient aussitôt égorgées.

Le sang ruisselait de tous côtés sur les dalles, et les gens, pour se sanc­tifier, s’en rougissaient le visage et les mains...

Qu’avais-je sous les yeux, sinon un de ces cortèges sacrés, comme il s’en est déroulé, il y a deux mille ans de cela, des centaines et des centaines, là bas, de l’autre côté du petit bois d’oliviers, dans les rues de Volubilis, en l’honneur de Jupiter ou de quelque autre Divinité du Panthéon antique ?