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COSTUMES PORTES PAR LES MUSULMANES MAROCAINES A FES.

Publié le 16/03/2015 à 09:00 par rol-benzaken Tags : richesse neige bleu image background sur center moi monde chez homme mode fond sur fond femme centre rose femmes divers nuit

Fès était la métropole de la mode, pour deux raisons, d'abord parce qu'elle était le centre et l'emporium du commerce, avec ses dépôts, son organisation de répartition et ses filiales, ensuite parce qu'elle était la métropole aristocratique (qu'elle est du reste demeurée) et le siège de la cour impériale (qu'elle n'est plus).

C'est cette farajia qui a subi le plus les transformations et les fantaisies de la mode ; il y a quelques années, on l'avait taillée de la mobra (traduction de veloutine) dont les motifs en velours taillé ressortaient en coloris riants sur le fond blanc ; depuis, on a fait plus charmant encore : dans le crêpe georgette ou marocain, décoré de larges motifs, mais revenant au caftan de « meulf » ou drap fin pour signaler que deux attraits le rehaussaient : le coloris clair, et les ganses tressées à petits boutons le découpant en ligne droite du haut en bas.

La gamme de ces coloris est extrêmement riche, leur nom en arabe est généralement fantaisiste mais fait image : le faghiti, pour le gris souris, de plus en plus à la mode, le romadi (cendré) en gris clair, le caoui (café) marron ; dans les roses, le fanidi qui évoque assez bien le rose des bonbons, le hammoussi, le fjili de radis ; le « raie sultana », les joues de sultana, célèbre chikha juive amie de Moulay Hafid ; les jaunes : sefri, kébriti (bouton d'or) ; les verts : zitouni, khodarabi, gharchoufi, dont vous pouvez vous-même traduire la nuance ; les bleus : amaoui (dédaigné), le djinjari, riant, très clair, le bleu sombre « bernata », etc … car on en passe et des meilleurs et vous donner une idée de la richesse de cette gamme de tons répondant en vérité à un goût très sûr de cette classe évoluée qu'est celle des marchands.

Dans les mousselines, les « brenthek » déjà pour la classe pauvre, les ayatis de sondouk (mousselines ou baptiste de la caisse) souvent fins et riches ; et ces fines pelures soyeuses dont le nom « telge al djebel » (la neige de la montagne) évoque poétiquement le blanc candide.

Dans les damas enfin, les lampas, chargés de coloris, et les lourds satins brochés d'or pour caftan de cérémonie, où la mariée paraissait engoncée de multiples et lourdes enveloppes, s'appelaient de noms divers et emphatiques, dont le plus typique est le « denia jat » (le monde est arrivé), qu'un français ne saurait traduire dans sa terminologie moderne que par « épatant » ou formidable.

Les foulards de tête, « sbenia », dont les commerçants astucieux font changer annuellement les dessins et les décors par leurs correspondants lyonnais, ont porté et portent toutes sortes de noms plaisants ou imagés, on a vu de toutes sortes de ces noms « self madame », la plume de madame (du temps où les françaises portaient des chapeaux), chemrir d'genenar, la piscine, les roses, le jet d'eau, le minaret, et même cette dénomination saugrenue : «  khaliat d'el karane fi droze », le pas du cocu dans l'escalier.

Les sobriquets:

Du reste, sous le rapport des sobriquets, les Fasis furent toujours fertiles en invention, d'aucuns comme « tsioukiatek hamman drif » ne sont que de simples expressions argotiques, ou « ksi ni ounsi ni » (revêts-moi et oublie moi) trahissent assez bien l'universel esprit féminin et ne peuvent plaire qu'à demi au mari qui lui, n'a pas oublié l'hémorragie de sa bourse.

Pour la ceinture, si les dames ont conservé leur faveur à la m'dama, brochée d'or, des meilleurs mealemin de la chemaïne, celle-ci s'est allégée et est ornée de nos jours par des motifs floraux, moins géométriques et moins lourds.

Pour les hommes, cette ceinture en soie brochée est assez mince.

Elles est souvent remplacée par le cherichaker, en cotonnade brochée marron clair sur fond blanc.

Coiffures:

Le fez tronconique de jadis, importé fort longtemps d''Autriche, a été progressivement abandonné pour une sorte de bonnet de police fendu en son axe, assez disgracieux (faute de visière) mais dont les teintes sont nettement copiées sur le goût occidental de nos meilleurs chapeliers : gris clair, vert sombre, marron de nos feutres classiques.

La razza n'a pas été pour autant abandonnée, bien au contraire, on connaît sa signification religieuse et son destin supposé de suaire ; beaucoup continuent à en combiner le fez.

Comme le seroual ample et informe comme un sac, la « tchamir » ou chemise est commune à l'homme et à la femme, en merzzaïa blanche, il ressemble exactement dans sa ligne droite et son ampleur à notre chemise de nuit. Il est boutonné haut par un col droit.

A vrai dire, cette chemise disparaît, vite remplacée par la chemise européenne, tant chez l'homme que chez la femme qui a eu tôt fait d'apprécier le luxe des dessous féminins de Paris.

Reste à vous parler du « tham » ou voile qui rehausse plutôt qu'il ne cache la beauté du visage en magnifiant l'éclat et le velouté des yeux.

Le « tham » qu'adoptent même désormais, les femmes du bled venant en ville (ici la régression est plutôt à évoquer) a été ces dernières années sujet à des modes que le nationalisme naissant inspire, puisqu'on vit des inscriptions à la gloire du Sultan et même son effigie, tend à devenir uniformément noir ou bleu de nuit ce qui est infiniment seyant.

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